Techniques d’identification 3/3 – Processus et interface web

Lorsque j’ai commencé à faire des photos sous-marines, j’ai rapidement voulu savoir ce que j’avais pris en photo. Je me souviens avoir commencé avec les poissons-papillon et leurs couleurs jaunes dorées que je trouvais superbes. Sur mes premières séries de photos, je me suis rapidement rendu compte qu’il existait bien plus d’espèces que ce que je croyais. Je confondais quasiment tous les poissons d’une même famille ! J’étais par exemple incapable de distinguer Chaetodon lunulatus, Chaetodon melannotus et Chaetodon plebeius, ou même Chaetodon speculum ou Chaetodon vagabundus qui sont des espèces qu’on croise très souvent autour de Nouméa.

photos de 5 poissons-papillon qui se ressemblent

Ils se ressemblent quand même un peu non ? Non mais sous l’eau ils s’alignent pas comme ca c’est plus difficile hein

Gestion des fichiers sur mon disque dur

Identifier les photos, c’est bien, mais pour savoir sous l’eau si je les ai déjà vus ou pas, il me faut un moyen de stocker ces informations, savoir quelle espèce correspond à quelles photos et pouvoir les retrouver facilement. J’ai donc commencé à les trier, d’abord en renommant les photos avec le nom du poisson. Ca me faisait une belle gallerie légendée, mais je pouvais difficilement savoir si j’avais déjà vu un poisson dans une autre plongée ou non. J’ai donc fait un dossier par nom de poisson, et j’ai déplacé les photos correspondant dans chaque dossier. C’était pas mal, mais je perdais l’info de savoir quand et où j’avais pris quelle photo. Et surtout, quand j’ai commencé à avoir une centaine de dossiers différents, c’est devenu ingérable de retrouver le bon dossier dans la liste pour y déplacer chaque photo. J’y perdais un temps fou !

J’ai regardé ce qui existait comme logiciels pour mieux trier mes photos, mais rien ne m’a convaincue. Aucun n’est fait pour garder toutes les infos que je souhaite :

  • de quelle espèce s’agit t’il ? Ai-je déjà pris des photos de cette espèce ?
  • comment cette espèce se place t’elle dans la hiérarchie des espèces ? Quelle est la famille correspondant à cette espèce ?
  • où et quand ai-je pris cette photo ?

Poissons NC

Comme on est jamais mieux servi que par soi-même, j’ai développé au début de l’année 2015 mon propre outil avec ces caractéristiques. J’en ai fait un site web, parce que c’est facile à faire et que c’est l’opportunité de pouvoir le partager avec d’autres personnes. La première version se nommait sobrement « Poissons de Nouvelle-Calédonie« . J’avais trouvé la liste de tous les poissons de Nouvelle-Calédonie je ne sais plus où, mis le tout dans une base de données, et fait une interface assez simple. J’avais déjà fait plusieurs sites sur ce modèle, c’était juste un peu d’adaptation pour que ca fonctionne rapidement. J’envoyais mes photos d’une espèce sur la page de l’espèce correspondant, c’était facile et ca donnait un résultat correct, mais ca me prenait toujours énormément de temps !

Capture d'écran de mon premier site "Poissons de Nouvelle-Calédonie"

Mon premier site de photos de poissons. Il est encore visible ici : poissonsnc.srv42.net, mais n’y allez pas : ce site est un zombie ! Je suis étonnée qu’il fonctionne encore d’ailleurs… et j’ai perdu les photos à la dernière migration. Heureusement, je les avais toutes intégrées sur mon nouveau site depuis bien longtemps !

Passage sous WordPress

Trop de temps pour mettre mes photos en ligne, ca m’a conduit irrémédiablement… à ne plus les mettre en ligne. Je ne faisais presque plus l’identification non plus, puisque je n’avais pas de moyen rapide et pratique pour stocker l’information. En 2017, j’ai donc fait un nouveau site avec cette idée en tête : il faut que ce soit simple et rapide ! J’ai choisi d’utiliser WordPress pour avoir une base solide, et une interface d’administration et d’upload des photos qui soit déjà toutes faites. J’ai utilisé les « tags » pour les espèces, et construit la partie publique du site. Il me suffisait donc d’uploader toutes mes photos en une fois, puis de les passer une par une pour cocher l’espèce correspondante. C’est ce site, « Vie sous-marine » , qui est encore en ligne aujourd’hui, bien qu’il ait subi plusieurs évolutions depuis sa création !

Capture d'écran de l'interface de gestion des images de WordPress par défaut

L’interface de gestion des images de WordPress, avec le choix d’un tag d’espèce sur la droite

Enfin, un système simple à utiliser, pratique, et qui me fait gagner du temps ! \o/ J’en ai profité pour uploader toutes les photos de plongée que j’ai trouvées sur mon disque dur, et j’ai commencé à les identifier frénétiquement…

Optimisations

Mais… est-ce suffisant ? Il y a encore pas mal de choses qui me font perdre du temps, et en particulier, les photos que je n’arrive pas à identifier rapidement. En effet, quand les photos sont uploadées sur le site, je les regarde une par une dans l’ordre d’envoi, et je coche l’identification correspondante. Si vraiment je bute sur une photo que je n’arrive pas du tout à identifier, je passe simplement à la suivante. Mais quand je veux retrouver celles qui n’ont pas été identifiées pour reprendre par la suite, comment faire ? L’interface de WordPress me permet de le faire, mais ca n’est pas pratique du tout. J’ai donc fait une interface publique avec les photos non identifiées, mais ca n’est pas vraiment pratique non plus. J’en ai profité pour faire la page des photos mal identifiées également, celles où j’ai réussi à identifier la famille mais pas l’espèce exacte.

Je me suis rendu compte qu’il me restait des milliers de photos à identifier, et qu’au rythme actuel, j’allais devoir y passer des années. Une nuit, après avoir passé une bonne partie de ma soirée à identifier un maximum de photos, mon cerveau a commencé à cogiter pour trouver une solution. Qu’est ce qui me fait perdre du temps ? Trouver des photos non identifiées, cliquer sur la photo, ouvrir le panneau des espèces, scroller pour trouver la bonne espèce à cocher, enregistrer, et recommencer l’opération… IL ME FAUT UNE INTERFACE SPECIALISEE ! Une interface qui trouve toute seule la photo, me la montre, et qui me permet de trouver facilement l’espèce que je cherche, par exemple en filtrant la liste dès que je tape quelques lettres de l’espèce ou de sa famille ! Et qui passe directement à la photo suivante lorsque je valide.

Le problème quand j’ai une idée en tête, c’est qu’il FAUT que je la réalise. Impossible de la laisser dans un coin. Le lendemain donc, tadaaam ! Voilà mon interface d’identification spécialisée !

Capture d'écran de l'interface d'identification de mes photos que j'ai développée spécifiquement

Fini les pertes de temps à cliquer, scroller, re-cliquer, re-scroller… tout est optimisé dans cette interface pour identifier rapidement mes photos !

Identification en masse

Alors ouiiii, elle est super cette interface, et je gagne vraiment du temps, c’est un régal d’identifier les poissons et tout… Mais souvent, ca arrive que j’ai plusieurs photos d’une même espèce sur une ou plusieurs plongées qui se suivent, et je dois chercher la même espèce grâce au filtre autant de fois que j’ai de photos, et c’est dommage non? Alors j’ai pensé à mettre un rappel des dernières espèces identifiées à côté de la liste des espèces, mais vu l’architecture des données ca n’est pas facilement faisable, ca demanderait trop de modifications. MAIS, j’ai trouvé encore mieux 😀 Sur le modèle de l’interface précédente, j’en ai créé une nouvelle ou je peux sélectionner plusieurs photos parmi toutes les photos non identifiées et indiquer quelle est l’espèce à associer à toutes ces photos.

Capture d'écran de l'interface d'identification en masse que j'ai développée pour aller plus vite

L’interface d’identification en masse

Cette nouvelle interface m’a vraiment fait gagner BEAUCOUP de temps, j’ai pu réduire le nombre de photos non identifiées de plus de 2500 à environ 300. J’identifie une photo, je coche l’espèce que j’ai trouvée, et je parcours les autres photos pour voir s’il n’y en a pas d’autres de cette même espèce. Ca va très vite !

Identification par famille

Mais avec le temps, cette nouvelle interface a changé ma façon d’identifier les poissons. En effet, pour aller vraiment de plus en plus vite, j’ai trouvé plus rapide de commencer par identifier toutes les photos représentant une même famille. Par exemple, je coche « poisson-chirurgien » dans la liste des espèces, et je passe toutes les photos, en cochant toutes celles de poissons-chirurgiens, quelle que soit l’espèce exacte. Toutes ces photos se retrouvent donc identifiées et disparaissent de l’interface, mais elles tombent dans la catégorie des photos « mal identifiées ».

J’ai donc fait une nouvelle interface pour résoudre ce problème (promis c’est la dernière ! :p), et me permettre de trouver simplement toutes les photos mal identifiées d’une famille. Alors autant, identifier une famille, c’est assez facile à faire de tête, mais se souvenir des caractéristiques et de à quoi ressemble chaque espèce, c’est une autre paire de manches ! J’ai donc imaginé une interface qui me permette de ne pas revenir systématiquement aux différentes ressources papier ou en ligne pour identifier une espèce précise. Car oui, j’ai beaucoup travaillé sur le côté pratique du stockage jusque là avec mes différentes interfaces, mais je n’avais pas vraiment trouvé de moyen d’améliorer le temps que je passe pour l’identification en elle-même.

L’idée est donc de pouvoir choisir l’espèce précise en remettant quelques photos déjà identifiées de cette espèce à côté du nom. En fait c’est mon propre référentiel, ce qui ne m’empêche pas de revenir aux livres quand j’ai un doute, mais c’est un énorme gain de temps de pouvoir identifier sans être obligée de les ressortir !

Capture d'écran de l'interface d'identification des photos par famille. Exemple avec les nudibranches

L’interface de « précision » de l’identification par espèce. Ici avec les nudibranches par exemple

Cette nouvelle façon de faire me satisfait pleinement aujourd’hui, j’ai arreté de développer de nouvelles interfaces 😉 Je pense être arrivée à un fonctionnement assez optimisé qui ne me fait pas passer trop de temps sur des tâches répétitives, et m’en laisse plus pour identifier les récaltitrants et écrire des articles sur ce blog 😉

Un autre avantage que je n’avais pas anticipé avec cette interface, c’est qu’elle me permet de mieux apprendre et me souvenir des espèces. En effet, lorsque j’identifiais les photos de façon séquentielle, il m’était difficile de comparer les espèces d’une même famille pour arriver à les différencier, car il pouvait y avoir des dizaines de photos d’autres familles entre 2 de la même espèce. Cette interface par famille ne me présente des photos que d’une même famille, et je peux en choisir plusieurs à associer à une espèce, je dois donc bien étudier chacun des « cousins » pour voir les différences et décider si c’est la même espèce ou non. Je progresse donc plus facilement !

 

Voilà donc ma façon d’identifier mes photos aujourd’hui. Je n’ai aucune idée de comment font les gens pour faire la même chose, certains sont tellement calés qu’ils arrivent à identifier de tête une espèce précise en un clin d’oeil. Peut-être que je trouverai un nouvelle méthode plus tard pour y arriver ! N’hésitez pas à me faire part de vos suggestions ou de votre façon d’identifier des photos !

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2 Replies to “Techniques d’identification 3/3 – Processus et interface web”

  1. Whaou ! Quelle optimisation ! C’est génial de voir l’évolution comme ça !!! Tu dois être ravie ! 🙂

  2. Hello Raphaël,

    Oui je suis ravie de mon interface 😀 Maintenant ce qui me manque c’est des photos à identifier, il faut que j’y retourne vite!! 😉

    Amandine

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